Un peu d'histoire (de notre ami V.Suszwalak)

Publié le par francis.mauro

Tel est pris qui croyait prendre.

Mondovi  Barral   vers 1850. Petite histoire extraite de la revue la Seybouse n°70

Un beau matin, une grosse nouvelle courut de bouche en bouche. On annonçait le prochain passage à Mondovi du général Mac-Mahon, et après lui, du général Canrobert et du général Randon, alors gouverneur de L’Algérie. Quelques jours plus tard, ce fut l’arrivée à l’improviste de la colonne de Tourville ; forte de trois mille hommes de toutes armes, et qui fit une halte de vingt-quatre heures dans notre bled.

Ma sœur m’ayant demandé de lui prêter la main pour recevoir ces hôtes de marque, j’eus l’honneur de servir à table ces grands chefs militaires. Grand branle-bas, d’autre part, chez les habitants, heureux d’assister à ce brillant défilé de troupes ; et plus réjouis encore en songeant aux profits commerciaux à tirer d’une pareille affluence de soldats.

C’est à qui fit provision de denrées, boissons et comestibles. Il y en eut même qui, peu scrupuleux, saisirent cette occasion pour mettre passablement d’eau dans le vin débité aux combattants de notre armée d’Afrique. Est-il besoin de dire que ceux-ci, mangeant bien et lichant encore mieux, eussent préféré le boire naturel !

Mais, toute médaille a son revers. Pour montrer qu’ils n’étaient pas dupes de ce vilain procédé, beaucoup de nos  braves « zouzous » profitèrent de la cohue qui  régnait ce jour- là dans les auberges pour s’esquiver sans payer leur écot. On s’aperçut, en outre, que nombre de cuillères, serviettes et couteaux avaient disparu avec les consommateurs. Mais les « chacals de la colonne de Tourville ne s’arrêtèrent pas en si bon chemin. La nuie venue, alors que la population tout entière, se régalait du coup d’œil que présentait le campement de ces trois mille hommes, avec ses tentes dressées et ses feux de bivouac allumés aux portes du village, l’arrière garde embusquée à l’intérieur des murs, opéra en silence dans les caves, les remises et les poulaillers ,la razzia complète des poules, oies ,pintades et canards. Tout y passa, jusqu’aux petits cochons de lait qui donnaient à leurs éleveurs les plus belle s espérances.

Le lendemain, il fallut entendre les cris de désolation et de malédiction poussés par les victimes de cette rafle nocturne. Décidément, le baptême du pinard avait fini par couter plus cher qu’il n’avait rapporté, non seulement aux aubergistes indélicats qui avaient vendu de l’eau rougie pour du jus de la vigne, mais encore aux colons honnêtes qui n’y étaient pour rien .

Quand aux troupiers, tambours battant et clairons sonnant, ils s’en allaient sac au dos ders Guelma et Constantine parachever l’œuvre de la conquête et pacifier les arabes dont la haine nous réservait encore de sanglantes surprises…. A suivre Inch Allah.

 

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