Anecdote et la fraternité !

Publié le par francis.mauro

Anecdote sur la fraternité.

Il y a 58 ans, le 16 janvier, j’étais incorporé au 7ième cuirassier à Noyon pour faire mes classes. Une classe de jeunes appelés arrivait en même temps que moi l’engagé volontaire. Parmi les jeunes appelés un d’eux me laissera un souvenir inoubliable.

Il se nommait Alcide B, un grand costaud qui de toutes évidences ne laissait rien supposé d’autre qu’il fut paysan. Sa marche lourde de celui qui suivait ses chevaux, son calme tranquille et son regard inquiet de voir tant de monde et de bâtisses . Il avait l’air pataud d’un ours ne sachant pas bien où et comment se diriger dans cette immense caserne. Nous étions tous convoqués à l’infirmerie pour la traditionnelle piqûre d’incorporation. Après celle-ci, nous devions regager nos chambres dans nos escadrons.

Arrivé devant mon escadron, je m’assis sur les marches pour deviser avec mes nouveaux amis. Je vis arriver mon fameux Alcide qui me regard et leva le doigt comme il avait dû le faire à la maternelle. Il me dit :

            Monsieur où est ma chambre s’il vous plaît ?

Je lui dis :

            De quel escadron es-tu ?

Il me répondit :

            Je ne sais pas, j’ai oublié le numéro !

Je m’approchais de lui et remarquais qu’il tremblait de tout son corps prêt à pleurer. Il me fit pitié et je lui demandais :

            Tu ne sais pas lire ?

            Non, je ne suis jamais arrivé à apprendre à l’école !

Alors, je lui pris sa fiche d’incorporation pour voir son escadron. Une chance, il était de notre escadron. Après un long voyage dans les couloirs et les chambres où je demandais si Alcide fût de leur chambrée. Après plus d’une demi-heure à cavaler dans les étages, je lui indiquais enfin sa chambre. Il voulut m’embrasser pour me remercier comme un enfant. Cela me bouleversa. je lui donnai une bonne poignée de main lui indiquant mon nom et lui disant :

            Si tu as des problèmes, tu viens me voir.

Je revis plusieurs fois Alcide qui venait me demander des informations sur différents sujets. j’avais remarqué que beaucoup de ses compagnons de chambrée se moquaient de lui.

Puis les classes terminées ce fut le 4e RH en Algérie. Et Alcide se retrouva dans mon escadron, mais dans un autre peloton.

Une nuit en poste à Sidi Djémil où j’étais chef de poste de la garde de nuit, quelle ne fut pas ma surprise de constater que le brave Alcide monta la garde de minuit à quatre heures du matin alors que les tours de garde duraient deux heures par homme. Je demandais à ses compagnons, pourquoi Alcide avait fait deux tours de garde consécutifs ? il me fut répondu : « Que ce n’était pas grave, il ne savait pas l’heure » !  un autre me dit que c’était l’habitude.

Je signalais le fait au chef de peloton qui sanctionna lourdement les contrevenants. Le pauvre Alcide eut quand même la quille avec tout le monde. Je me demande ce qu’il dût raconter à ses parents une fois de retour à la ferme.

En opération qui portait les plus lourdes charges, FM et musettes de cartouches, poste de radio SCR 300, rations collectives, toujours notre pauvre Alcide qui ne disait rien et ne se plaignait jamais.

Il y avait des gars pas très dégourdis en cette époque où la majorité était à 21 ans et la France avait encore beaucoup de travailleurs de champs qui n’avaient pas eu une scolarité adéquate.

Cela n’empêchait pas de voir des gens heureux vivant proche de la nature en quassie autarcie se souciant peu de ce qui se passait dans le monde.  

Brave Alcide qu’es-tu devenu depuis 58 ans ?

Le Webmaster FM

Publié dans les écrits

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