~~Le gendarme Gilbert Godefroid. (le 28 au 29 mars 1958) Sur le réseau électrifier ligne Morice Est constantinois 28 mars 1958 Poste électrique de Mondovi Ce jour là nous dormions, comme à l’habitude, en tenue de combat, équipements, et armes, chaussures aux pieds. Les moteurs tournent. Nous sommes prêts à aller sur « la coupure » A zéro heure, environ des rafales d’armes lourdes, des 12,7 et mortiers, nous réveillent, elles viennent de Barral. -Une coupure a eut lieu ! Nous crie un électromécanicien, qui vient de surgire dans la tente de garde. Nous sautons du lit, réveillé d’un seul coup, quelques secondes après Nous roulons dans le GMC blindé, et le 4x4 blindés également. Nous armons nos mitrailleuses, déjà nous sommes prêts. Le froid de la nuit ne tarde pas à nous faire grelotter. Personne ne parle. Nous arrivons sur la coupure. Un half-track est au milieu de la route et tire tant qu’il peut sur le djebel du côté de l’Algérie. Nous l’imitons. Quelques courtes rafales et coups isolés nous répondent. Et le feu s’arrête, faute de répondants le passage a réussi. Un lieutenant a été blessé, alors qu’il arrivait avant nous sur la coupure dans son half-track. Il s’agissait d’une forte bande de Moudjahidines en tenues et en armes, bien équipées, même très bien, nous le sûmes par la suite. Certains avaient deux armes, et tous portaient des sacs de munitions pour ravitailler les Moudjahidines de l’intérieur. Concertation des officiers mise en place d’un dispositif de protection d’un côté et de l’autre de la route. Personne sur les traces, les chiens n’arriveront qu’au petit jour. Nous somnolons jusqu’à, qu’une Jeep paraît avec un gendarme et son chien. La piste est facile, car les Moudjahidines nombreux a suivi en colonne par un le même itinéraire. D’habitude, ils se dispersent, mais là c’est un gros passage, et très sûrement ils ne connaissent pas la région. Nous sommes désignées. Le peloton Le Palmec, qui comprend. Un groupe de combat, renforcé, plus un détachement de Harkis. Cette Harka, comprend une dizaine d’hommes, plus le chef un Européen. Ils ont deux à, trois PM 11,43 et des fusils US 17 et Lebel. Nous, nous sommes que, le sous-lieutenant un sous-officier adjoint, et un chef de groupe, avec neuf hommes armés de PM et d’une pièce FM. Bien mince commando pour pister des centaines de Moudjahidines. Mais le 1ier REP, est en attente, prêt à embarquer à un tel km. Devant la direction supposée des Moudjahidines, c’est nous avec le chien qui devra les premiers les accrocher, et donner des renseignements précis pour le largage des paras en attente. Mission vraiment périlleuse s’il en est ! Je parle avec le gendarme, il se présente : -Gendarme Godefroid ! Je me présent également. Nous échangions quelques cigarettes avant l’ordre du départ. Il me présent son chien Gamin : -Ne le touchez pas, il ne connaît que son maître, il est très méchant. Mais c’est une bonne bête ! Dit-il, la larme à l’œil. -Nous sommes de véritables copains, ajout-il. Ce gendarme en tenue de campagne à un seul PA comme arme de défense Nous partons, je fais suivre mes voltigeurs en PM de chaques côté du gendarme ; La pièce FM en colonne derrière à distance. La Harka derrière en protection arrière. Je suis à quelques mètres le gendarme. Le chien tire ferme sur la laisse, la piste est impressionnante de clarté. De temps à autre nous arrêtons pour permettre à la colonne de derrière, de suivre. Nous profitons pour échanger avec le gendarme nos impressions : -Ils sont au moins 200 ! Me dit-il. -Peut-être plus ! Lui dis-je. Nous sommes d’accord, c’est un gros morceau. Nous reprenons notre route suant et soufflant. Arrivée sur un plateau après 5 à 6 heures de marches. Le soleil est déjà haut, la chaleur torride Le gendarme donne à boire au Gamin, lui flatte le dos, en le caressant. Il met sa tête contre la sienne, et lui cause : -Nous allons les avoir hein ! Mon vieux, nous allons les avoir Gamin ! Ce gendarme, je l’observe, et lui fait remarquer qu’il va un peu vite, et qu’il défit toute prudence. Il hausse les épaules, il en vit d’autres. Je redouble de vigilance pour lui, le doigt sur la détente de mon PM. Mes hommes sur les côtés font de même. Nous sentons que la rencontre va avoir lieu, car avec les avions et les Elicos qui ne cessent de tourner. Les Moudjahidines ont dû s’embarquer dans les hautes végétations très denses. Nous arrêtons, et repartons toujours. Quelquefois il y a une tentative de brouillage de piste par les fels, qui sont repartis en retournant sur leurs pas. Mais finalement Gamin retrouve toujours le gros paquet des traces. Vers 11 heures, soudain le gendarme s’arrête, sur un petit plateau, le chien hérisse son poile, tout le monde stop, rien ne se passe. J’interpelle le gendarme lui demande ce qu’il y a : -Plus de traces ! Dit-il -Ils se sont comme envolés ! De chaque côté du petit plateau, des surplombs à une centaine de mètres nous dominent. Nous sommes comme sur un billard. Ils sont arrêtés pour faire une embuscade, et se sont dispersés de chaques côtés que je le signale au gendarme. -Je ne sais pas, ils devraient tirer ! Me dit-il -Bien oui ! Que je réponds bêtement ! Tous mes hommes s’accroupissent en défense, la moitié d’un côté et l’autre moitié de l’autre. La sueur coule sur le visage du gendarme, le chien est trempé de sueur également, sa langue pend, il semble renoncer, et d’attendre lui aussi. -Votre PA Monsieur le gendarme ! Car il ne l’a pas encore sorti de son étui, trop occuper à retentir son chien. Il dégaine et arme son PA. La Harka vient nous relever pour la protection du gendarme. Je proteste, et veux ainsi que mes hommes continuer à assurer la protection du maître-chien. Mais les ordres sont les ordres. Et après tout nous sommes crevés à marcher en dehors de la piste des Moudjahidines. Le maître-chien repart. Je lui dis : -Soyez prudent aller doucement ! Il me répond d’un air un peu « médusé». -Au moins s’ils me tuent on saura où ils sont ! Ce furent ses derniers mots. Il n’avait pas fait vingt mètres qu’un moudjahid lui tire le chargeur de son PM dans le dos à bout partant. Il était précisément douze heures trente. (Il a fallu 44 ans pour que j’apprenne par une coupure de presse, que le Harki me remplaçant fut tué en même temps que le gendarme. (Source le Parisien libéré du 30/12/1958/) À cette époque les nouvelles n’étaient pas diffusées comme de nos jours. Chacun ayant à gérer ses problèmes dans leurs unités respectives) Ce fut le déclenchement d’un combat comme jamais nous avions subi. Que nous nous sentions petits, dans cet enfer de feu ! 9 MG 42 90 PM et une centaine de fusils ; tirent en même temps en notre direction. Nous, nous aplatissons au sol derrière les moindres rochers, en ripostant dans le vide, des deux côtés sur les crêtes nous surplombants, car nous ne voyons rien. Sinon que le coup des armes se rapproche de plus en plus. Je retiens mon tireur FM à terre. Je ne sais comment, l’obligeant de force en le frappant sur son casque pour qu’il ne reste debout. Il aurait très certainement été tué. J’appelle un à un par leur prénom tous mes hommes, je ne sais par quel réflexe, je sais tout leur prénom d’un seul coup. En temps normal il m’aurait été bien difficile de m’en rappeler que quelques-uns ! Nous formons un carré entre quatre gros rochers que j’avais remarqué quelque 50 mètres derrière nous. Sur ce point, entassés avec les Harkis nous étions résolus à vendre chèrement notre peau. On ne se faisait pas d’illusions. Je rampais près du lieutenant, et lui tient la carte pour qu’il donne les coordonnés pour le largage des paras du…1ier REP du Colonel Jeanpierre. Une longue rafale de MG 42 nous aveugla soudain de débris de pierres et de branches. Les impactes étaient à 10 cm le long de notre corps. Je le fis remarquer au lieutenant Le Palmec, qui dévissait l’antenne du poste de radio, et nous giclons dans notre réduit improvisé. (Les Moudjahidines avaient vu l’antenne bien droite dépassée des lentisques) De là nous soufflons un peu, mais les coups se rapprochent de plus en plus, ils étaient à 15 mètres dans les broussailles, bientôt cela allait « chauffer », dans un corps-à-corps ! Aplatis derrière nos armes, nous attendions, sans un mot, car pour se parler, il fallait, hurler à l’oreille de son voisin. Tant le roulement des armes à feu était proche de nous. Soudain les B 26 Piquent, chacun croit que c’était sur nous, les traceuses venaient droit sur nous, en éclatant sur les rocailles à 25 mètres de nous. Ils voyaient le mouvement d’approche des Moudjahidines. Grâce à ces avions et le 1ier R E P nous allons en sortir vivants. Le chef de la Harka me demandait une cigarette après l’autre, tant et si bien que je lui abandonnais le paquet. Jamais je n’avais vu un homme fumer aussi vite, très surpris, je lui demandais ce qu’il avait : -J’ai trois mômes ! Dit-il pour toutes réponses. Nous restons quelques minutes dans cette position, sans bouger. Cela nous semblait interminable. -Mais que fout la légion ! On va se faire couper les C…s ! Enfin, les paras de la légion arrivèrent par vagues, sections après sections. Nous leur fîmes une véritable ovation. Ils ressemblaient à des « êtres irréels » en tenue de combat propre le visage frais rasé, des équipements comme à la parade. Les voilà ces hommes du colonel Jeanpierre du 1e R E P ils étaient nos sauveurs bienvenus. Nous, à côté, étions minables, débraillés, sales hirsutes, épuisés. Eux, il y avait quelques minutes, ils étaient encore bien à l’ombre sous abris des arbres à 20 ou 30 Km de là. Il fallait que ce soit comme cela ! La machine de combat de la légion se mit en route méthodiquement, et remarquable d’efficacité. Au coude à coude ils avançaient tuants tous les Moudjahidines qu’ils trouvaient. Désemparés, certaines jeunes recrues Moudjahidines n’arrivaient même pas à remplacer les chargeurs vides de leurs armes. -Complètement paniqué ! Déclare un vieux légionnaire. -Des gosses ! Ajouta-t-il les larmes aux yeux. En deux heures de combat la légion tua 150 fellaghas. Fit 20 prisonniers. Et récupérèrent autant d’armes y comprises 9 Mitrailleuses MG 42 les Moudjahidines étaient au total 225. (Seulement deux légionnaires furent blessés) (Par la suite j’appris que 13 légionnaires avaient perdus la vie et trente quarte blessés ce jour là ; mais ceci nous avait été caché par la grande muette) Quand je pense que nous étions à peine plus d’une vingtaine d’hommes et un chien. Notre retour se fit dans les bananes de la légion. Cela nous enchanta de voyager dans les engins de ces illustres soldats. (Au PC nous étions déjà portés disparus) *** J’avais à l’époque, consigné sur des feuilles de papier ce texte intégral que j’ai repris sans presque y toucher. Cela fait aujourd’hui exactement 46 ans Le 29 mars 2004 que j’avais noté cela, en manuscrit. Jamais le souvenir du gendarme Gilbert Godefroid ne s’estompa dans ma mémoire. Cet homme m’avait donné une leçon de patriotisme, comme jamais personne ne me le fit ; il est parti avec la ferme conviction d’une victoire proche. Il était ici pour défendre les institutions républicaines en danger. Il avait eu le temps de me dire qu’il était marié et avait une fille, et qu’il les adorait plus que tout. Je garde en moi son regard qu’il me fit en repartant derrière son chien Gamin, suivit d’un Harki, qui avait pris la relève de la protection que je lui avais prodiguée durant toute la matinée. Ce regard amical que nous avions entre sous officier. Un regard de confiance dans nos actes. Il tourna un gros buisson, sur sa gauche disparaissant de ma vue. Puis ce fut le déluge de feu qui le fit entrer pour toujours dans l’histoire de la gendarmerie nationale, et de la république Française. J'ajouterais que je fus désigné en délégation pour représenter le 4e RH avec une garde d'honneur pour la levée du corps du gendarme Gilbert Godefroid en l'église de Mondovi, quelle tristesse de voir sa veuve et sa fille dans le désespoir. Je n'ai pas osé leur dire comment il était mort si bravement, j'étais trop jeune à l'époque et je gardais en moi toute mon amertume de voir un ami que je connaissais à peine et déjà il disparaissait. Signé : Francis Mauro sous officier au 4 ieme Hussards en protection ce jour, sous les ordres du sous-lieutenant Le Palmec Claude. J’ai voulu par ces quelques lignes retracer la vérité d’un fait d’armes, que certain n’étant pas directement sur place ont voulu plus ou moins s’approprier. Il fallait que j’écrive tout ceci avant de disparaître dans l’oubli de la vie qui passe.
votre webmaster FM
Published by francis.mauro